Douze ans et des milliers de kilomètres sur les routes croates : Marc Vanderbeck n'est pas venu en Croatie pour les hôtels tout compris de la côte adriatique. Franco-belge d'origine, il a pris la route avec un vieux van aménagé en 2014 et n'a jamais vraiment rebroussé chemin. Aujourd'hui installé une partie de l'année à Pula, en Istrie, il documente ses itinéraires sur son blog et répond chaque semaine aux questions des voyageurs en camping-car sur les forums franco-belges. Sophie Lemaitre l'a rencontré en juin 2026 pour parler d'itinéraires, de budget réel, de réglementation croate et des endroits que les guides touristiques ne mentionnent pas.
Marc Vanderbeck est aussi régulièrement consulté sur les bonnes pratiques pour

Marc Vanderbeck
Voyageur en camping-car, carnets de route adriatiques depuis 12 ans
Franco-belge, Marc Vanderbeck a parcouru la côte adriatique chaque été depuis 2014, d'abord avec un vieux van aménagé, puis avec un camping-car 6,5 m. Il documente ses routes sur son blog personnel et a répondu à des centaines de questions d'autres voyageurs sur les forums camping-car franco-belges.
Carte interactive des régions de Croatie — indispensable pour planifier vos étapes en camping-car entre Istrie et Dalmatie.
L'itinéraire idéal sur la côte adriatique en camping-car
Sophie Lemaitre (lacroatie.com) : Marc, pour quelqu'un qui fait la Croatie en camping-car pour la première fois, quel itinéraire recommandez-vous ? Par où commencer ?
Marc Vanderbeck : Je recommande presque toujours de commencer par l'Istrie, et d'aller vers le sud. L'Istrie, c'est l'entrée en matière parfaite pour quelqu'un qui n'a jamais conduit en Croatie avec un grand véhicule. Les routes sont larges, bien entretenues, les campings sont habitués aux camping-cars et aux vans de taille conséquente. La péninsule istrienne concentre certains des meilleurs campings de tout le pays — en termes d'infrastructures, vraiment.
Mon itinéraire de trois semaines classique : entrée par Pula après l'autoroute slovène, puis remontée lente jusqu'à Rovinj, Poreč, Novigrad. Ensuite descente vers Zadar, en passant par les Plitvices si on a le temps — attention, on ne peut pas dormir au camping-car aux Plitvices, il faut aller à Grabovac à 10 km. Puis Šibenik, Split, la péninsule de Makarska pour les plus aventureux, et Dubrovnik en final. En tout, environ 1 200 kilomètres de route.
Ce que je déconseille fortement pour une première fois : commencer directement par Dubrovnik ou tenter de rejoindre la Dalmatie du sud par l'autoroute A1 sans avoir pris ses repères. L'A1 Zagreb-Split, c'est facile et rapide, mais ça ne vous prépare pas aux petites routes côtières qui suivent — certaines D-roads dalmates sont franchement étroites pour un véhicule de plus de 6 mètres.
Sophie Lemaitre : Vous mentionnez l'autoroute A1. Les péages sont-ils vraiment une dépense significative à anticiper ?
Marc Vanderbeck : Oui, et c'est l'un des postes que les gens sous-estiment le plus. L'A1 Zagreb-Split coûte environ 25 euros pour un véhicule de catégorie 2 (camping-car standard). Ajoutez le tunnel de Učka (6 euros) si vous venez d'Istrie, le pont de Krk (3 euros), et éventuellement le pont de Pelješac (gratuit depuis son ouverture en 2022, ce qui était attendu). Sur un séjour de 21 jours, j'ai payé entre 55 et 80 euros de péages selon mon itinéraire. Ce n'est pas rien.
Pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes, les tarifs grimpent encore. Je conduis un Fiat Ducato de 6,5 m mais sous les 3,5 tonnes, ce qui m'évite la classe supérieure. Si vous avez un camping-car de type intégral lourd, vérifiez bien votre PTAC avant le départ : certains ponts et tunnels ont des restrictions de hauteur et de poids.
Ma règle personnelle : prévoir 100 euros de péages pour un séjour de 21 jours avec déplacements fréquents — et en être agréablement surpris si c'est moins.

Budget réel pour un voyage en camping-car en Croatie
Sophie Lemaitre : Donnons des chiffres concrets. Combien coûte un séjour en camping-car en Croatie pour deux personnes — en haute saison, mais aussi en basse saison ?
Marc Vanderbeck : J'ai tenu des comptes précis pendant plusieurs années pour répondre exactement à cette question. En juillet-août, deux personnes, camping-car 6,5 m, en Dalmatie : entre 70 et 110 euros par jour selon le camping choisi et les activités. Le gros poste, c'est l'hébergement.
Guide des villes du bord de mer en Croatie — une sélection des plus belles escales pour un road trip en camping-car sur la côte.Un emplacement en camping étoilé en Dalmatie en juillet, c'est 30 à 50 euros pour deux personnes avec électricité. Un camping simple ou une aire de camping-car officielle, c'est 15 à 25 euros. Le carburant — diesel — représente 10 à 20 euros par jour selon que vous bougez peu ou beaucoup. Et la nourriture préparée dans le van permet de ramener l'alimentation à 20-25 euros par jour pour deux, avec quelques repas au restaurant en sus.
En juin ou en septembre, la donne change radicalement. Les campings appliquent des tarifs hors saison — parfois 40 % moins chers. On descend à 50-70 euros par jour facilement. La météo est excellente, les routes sont dégagées, les campings ont encore de la place : c'est de loin la meilleure fenêtre pour voyager avec un camping-car en Croatie. Je dis ça depuis dix ans, mais la fréquentation de juillet-août ne baisse pas pour autant.
Sophie Lemaitre : Vous évoquez les ferries pour rejoindre les îles. Quels tarifs pour embarquer un camping-car sur les ferries Jadrolinija pour les îles croates ?
Marc Vanderbeck : Les ferries, c'est un poste à part dans le budget — et une organisation spécifique. Jadrolinija, qui opère la majorité des lignes, facture le véhicule à la longueur. Pour un camping-car de 6 à 7 mètres, comptez environ 40 à 60 euros l'aller simple en haute saison, plus les deux passagers (4 à 8 euros par personne selon la ligne). Sur une ligne courte comme Makarska-Sumartin (Brač), on est plutôt à 35-45 euros tout compris. Sur les ferries longs comme Split-Hvar-Korčula, les prix sont plus élevés.
Le point crucial : la réservation. En juillet, si vous vous y prenez à la dernière minute pour embarquer avec un véhicule sur une ligne populaire, vous pouvez attendre 3 à 4 heures au terminal, ou rater le ferry. Les places véhicule sont contingentées et s'envolent rapidement via le site Jadrolinija. Je réserve en ligne au moins trois semaines à l'avance pour les traversées du mois de juillet. Les passagers à pied peuvent toujours monter, mais pas les voitures ni les camping-cars.
Sur les îles elles-mêmes, pensez bien à vérifier les campings en amont : beaucoup ne sont accessibles qu'avec des petits véhicules, les routes intérieures sont étroites. Brač, Hvar et Korčula ont quelques campings adaptés aux camping-cars, mais pas tous. Je recommande toujours de consulter le site Park4night avant de réserver une traversée.
Réglementation et vie pratique : stationnement, vidange, électricité
Sophie Lemaitre : Qu'en est-il du camping sauvage en Croatie ? On entend des choses contradictoires — certains disent que c'est toléré, d'autres qu'il y a de vraies amendes.
Marc Vanderbeck : La réglementation est claire, même si la pratique est nuancée. Le camping sauvage est interdit depuis une loi de 2015, et les amendes peuvent atteindre 2 000 euros. En pratique, beaucoup de voyageurs passent des nuits sur des parkings publics en bord de mer, notamment dans des zones moins fréquentées d'Istrie ou de Dalmatie centrale — et ils ne se font pas contrôler. Mais ce n'est pas légal, et le risque existe.
Ma position personnelle : je ne fais pas de camping sauvage en Croatie depuis 2018. Non pas par peur de l'amende, mais parce que le réseau d'aires officielles s'est tellement développé qu'il n'y a plus vraiment de raison de prendre ce risque. Les aires de service (odmorišta za autodomove) se multiplient, souvent à 5-15 euros la nuit avec eau et vidange. Pour 10 euros de plus, on évite une amende potentielle de 2 000 euros — le calcul est vite fait.
L'application Park4night est ma référence pour trouver les spots légaux. Il y a aussi l'application Croate officielle qui liste les aires agréées — moins fournie mais utile pour vérifier le statut légal d'un emplacement. À noter : certains parkings payants côtiers acceptent officiellement les campings-cars pour la nuit à un tarif réduit — c'est une zone grise légale mais tolérée dans certaines municipalités.
Sophie Lemaitre : Les infrastructures de vidange et de remplissage d'eau sont-elles suffisantes ? C'est souvent le cauchemar des voyageurs en van...
Marc Vanderbeck : C'était un vrai problème il y a dix ans — pas du tout en 2026. En Istrie, les campings ont tous des bornes de service, et il y a des aires de service indépendantes à des intervalles raisonnables. En Dalmatie, la situation est plus inégale, mais les grandes villes (Split, Zadar, Šibenik) ont des aires de service municipales correctes. La seule zone un peu délicate reste la Dalmatie du sud, autour de Dubrovnik — les infrastructures y sont moins développées, probablement parce que la fréquentation touristique y est surtout hôtelière, pas camping-car.
Pour l'eau potable, les fontaines publiques croates (česma) sont généralement de bonne qualité et on peut y remplir ses réservoirs. Je le fais régulièrement depuis des années sans problème. Pour les eaux grises et noires, les aires de service campings-car ont toutes les équipements nécessaires — il suffit de ne pas attendre d'être au dernier moment pour chercher une borne.
Un conseil pratique : ne jamais partir d'un camping avec les réservoirs à moins de 80 % plein et les cuves à moins de 30 % de capacité. Mieux vaut se servir des infrastructures du camping avant de repartir plutôt que de chercher une aire en route.

Notre guide des stations balnéaires de Croatie recense les campings officiels les mieux notés sur toute la côte.
Les spots secrets et ce que les guides ne disent pas
Sophie Lemaitre : Après douze ans de routes croates, quels sont les endroits que vous recommandez et qu'on ne trouve pas dans les guides classiques ?
Marc Vanderbeck : Il y a quelques endroits que j'hésite même à mentionner tellement ils restent confidentiels, mais bon. En Istrie, la route côtière entre Fažana et Vodnjan — pas l'autoroute — longe des oliviers centenaires et débouche sur des criques accessibles uniquement à pied depuis un parking d'une dizaine de places. C'est là que j'ai dormi mes premières nuits en van il y a dix ans, et c'est toujours aussi beau. La municipalité de Vodnjan tolère le stationnement nocturne sur ce parking depuis des années.
En Dalmatie, la péninsule de Primošten — entre Šibenik et Trogir — est chroniquement sous-estimée. Le village est classé, le camping municipal est ombragé et à prix modéré, et on n'y croise presque pas de touristes en comparaison de ce qu'on voit à Split ou Dubrovnik. Les rochers de la baie de Primošten sont parfaits pour la baignade, et le vin local (babić) est excellent. Pour compléter votre découverte de la côte, notre guide des stations balnéaires de la côte couvre toutes les destinations dalmates.
Et puis il y a le Parc naturel de Telašćica, sur l'île de Dugi Otok — accessible en ferry depuis Zadar. Peu de campings-cars s'y aventurent parce que la traversée avec véhicule est un peu plus compliquée. Mais ceux qui le font découvrent l'une des baies les plus préservées de Croatie, un lac salé relié à la mer, des falaises de 160 mètres côté mer ouverte. C'est ce que la Croatie touristique de masse n'a pas encore capturé.
Sophie Lemaitre : Quels conseils donneriez-vous à des voyageurs avec des enfants qui envisagent la Croatie en camping-car ? Est-ce compatible ?
Marc Vanderbeck : C'est extrêmement compatible — et j'irais même plus loin : le camping-car est le meilleur format pour une Croatie en famille. La flexibilité que ça offre est incroyable avec des enfants. Pas de stress pour trouver un restaurant qui accepte les petits, pas de chambre d'hôtel qui ne peut pas accueillir quatre personnes, pas de transfert de bagages. On s'arrête quand les enfants ont besoin de pause, on mange quand ils ont faim.
Les campings en Istrie et en Dalmatie sont particulièrement bien équipés pour les familles — piscines, aires de jeux, animations. Le camping Arena Kažela près de Medulin a des installations de qualité hôtelière pour les enfants. Bijela Uvala à Poreč aussi. Les mer et le sable, c'est évidemment le grand avantage : avec un camping au bord de l'eau, les enfants sont occupés naturellement.
Ce à quoi je ferais attention avec des enfants : la chaleur en juillet-août dans un camping-car sans climatisation réversible est réelle. Un véhicule mal ventilé peut atteindre des températures difficiles l'après-midi. Assurez-vous d'avoir une bonne climatisation de stationnement (12V ou 220V), des stores isothermes et de choisir des emplacements ombragés. C'est vraiment le seul point de vigilance sérieux.
Sophie Lemaitre : Un dernier conseil pour finir — qu'est-ce que vous diriez à quelqu'un qui hésite encore à partir en Croatie en camping-car, qui a peur de se lancer ?
Marc Vanderbeck : Je lui dirais que la Croatie est l'un des meilleurs pays d'Europe pour débuter en camping-car. Les routes sont bien signalées, les gens sont accueillants et habitués aux voyageurs en van, les campings ont le niveau de service qu'on attend. Ce n'est pas un pays où vous allez vous retrouver seul face à une panne sans ressource — les garages sont nombreux, les aires de service fonctionnent bien.
Je lui dirais aussi que ce mode de voyage transforme complètement l'expérience de la Croatie. En hôtel, vous voyez les plages bondées de juillet. En camping-car, vous trouvez le sentier de 20 minutes qui mène à une crique sans une âme. Ce n'est pas la même Croatie. C'est une Croatie plus lente, plus vraie, plus belle aussi.
Et pour ceux qui veulent prolonger l'aventure road trip au-delà de l'Europe, rappelez-vous qu'il existe un autre grand road trip mémorable — différent, mais tout aussi inoubliable dans sa promesse de routes infinies et de paysages coupants.
La Croatie en camping-car, ça se prépare deux à trois mois à l'avance pour les traversées en ferry et les campings en juillet. Mais ça se vit au jour le jour, avec une liberté que les autres formats de voyage ne donnent pas. Je recommence chaque année depuis douze ans — c'est un bon indicateur.
Questions fréquentes sur le camping-car en Croatie
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