Marie Dubois, journaliste spécialisée en tourisme méditerranéen, rencontre Marin Kalogjera dans la cour intérieure de la vieille ville de Korčula. Dobar dan — c’est avec ces mots que Marin nous accueille. Guide officiel depuis 22 ans, troisième génération d’une famille d’artisans de bateaux en bois, il connaît chaque pierre de l’île et chaque crique de son littoral. Dans cet entretien, il partage sa connaissance intime de Korčula pour aider les visiteurs français à découvrir l’île dalmate la plus attachante en 2026.
Korčula, l’île que Marco Polo appelait home
Marie Dubois : Marin, vous guidez des visiteurs à Korčula depuis 22 ans. Comment décririez-vous l’île à quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?
Marin Kalogjera : Korčula, c’est comme une miniature de la Dalmatie. Tout ce qui fait la beauté de la côte croate est concentré ici : une vieille ville fortifiée, des criques cachées, un vignoble unique, et une histoire qui s’étend sur deux mille cinq cents ans. Comme on dit chez nous, lijepo — c’est beau. Mais c’est surtout authentique. En juillet, nous recevons peut-être dix fois moins de touristes que Dubrovnik. Nos restaurants sont encore tenus par des familles, pas par des chaînes. Nos vignerons vous ouvrent leur cave si vous arrivez à pied.
Marie Dubois : Et il y a bien sûr la légende de Marco Polo. Vous y croyez vraiment ?
Marin Kalogjera : Je vous assure que la question est sérieuse. Selon la tradition locale, Marco Polo serait né ici vers 1254, dans une maison médiévale que vous pouvez encore visiter dans la vieille ville. La République de Venise contrôlait Korčula à cette époque — nous étions Vénitiens pendant plusieurs siècles — et le prénom Marco était courant dans la noblesse dalmate. Il n’existe pas de preuve documentaire définitive, je suis honnête là-dessus. Mais le mythe est ancré depuis des générations. Et l’histoire mérite d’être racontée. Pour préparer votre venue, je recommande de consulter les horaires et tarifs des ferries Jadrolinija vers Korčula bien en avance, surtout si vous voyagez en juillet-août.
Mon grand-père construisait des barke — ces bateaux de pêche en bois qui jalonnent encore les ports de l’île. Mon père aussi. Moi, j’ai choisi de faire connaître l’île plutôt que de travailler le bois, mais c’est le même amour. Quand je vois un touriste toucher la coque d’une vieille barka et poser une question sur sa construction, je sais que Korčula l’a touché.
La vieille ville fortifiée : visite guidée avec Marin
Marie Dubois : La vieille ville de Korčula est réputée pour son plan particulier en arête de poisson. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Marin Kalogjera : Dobar dan à tous ceux qui découvrent la vieille ville pour la première fois ! Le plan en arête de poisson — herringbone comme disent les anglophones — est unique en Méditerranée. Les rues latérales partent de la rue principale selon un angle précis, calculé pour canaliser la brise marine en été et bloquer la bora — le vent froid — en hiver. Les constructeurs médiévaux du XIIIe siècle n’avaient pas d’algorithmes, mais ils avaient l’expérience de plusieurs générations. Le résultat est une ville où il fait toujours quelques degrés de moins qu’en plein soleil, même en août.
Marie Dubois : Quels sont les incontournables de cette vieille ville ?
Marin Kalogjera : La cathédrale Saint-Marc avec ses colonnes alternées en pierre blanche et rose, le Palais du Trésors — qui est en réalité une collection d’objets religieux du XVe siècle —, et bien sûr la maison de Marco Polo que l’on peut visiter pour 6 euros. Mais ce que je dis toujours à mes groupes : prenez 20 minutes pour vous asseoir sur les remparts au coucher du soleil. Pas besoin de payer. Amenez une bouteille de Pošip achetée chez un vigneron local. C’est là que la vraie magie de Korčula opère. Je recommande aussi de lire notre guide complet des îles croates pour contextualiser l’île dans l’archipel dalmate — Korčula prend encore plus de sens quand on comprend sa place parmi ses voisines.
L’office de tourisme local propose depuis 2024 des visites nocturnes de la vieille ville les mardis soirs en juillet et août, avec torches et costumes médiévaux. Le billet coûte 15 euros. Le contenu historique est sérieux, pas un spectacle folklorique bâclé. J’ai contribué au scénario de ces visites, donc je peux vous le dire avec confiance.
Les plages et les criques secrètes de Korčula
Marie Dubois : Les plages de Korčula sont-elles aussi belles qu’on le dit ?
Marin Kalogjera : Honnêtement, nous n’avons pas les grandes étendues de sable d’autres destinations. Korčula, c’est la Croatie typique : des galets, des dalles rocheuses aménagées, et des criques que vous rejoignez à pied ou en bateau. Mais la qualité de l’eau — je vous assure — est parmi les meilleures de l’Adriatique. Transparence de 20 mètres en été, température de 24 à 26°C de juin à fin septembre. Et l’absence de foule par rapport à Hvar ou Dubrovnik change tout.
Marie Dubois : Quelles plages conseillez-vous selon les profils ?

Marin Kalogjera : Pour les familles avec enfants : Vela Przina à Lumbarda. C’est l’une des rares plages de sable de Croatie, avec des eaux peu profondes — eaux cristallines à 70 centimètres. En bus depuis la vieille ville, comptez 20 minutes et 3 euros. Pour les amateurs de snorkeling : la crique de Pupnatska Luka sur la côte sud. Accessible uniquement à pied (45 minutes de marche depuis Pupnat) ou en bateau, elle reste méconnue même en haute saison. L’eau y est d’une clarté remarquable et la faune sous-marine — sars, daurades, pieuvres — est encore bien présente. Pour les kayakistes et amateurs de nature : la côte nord-ouest autour de Račišće, avec ses criques étroites accessibles uniquement par l’eau. Je guide des groupes en kayak tous les mardis en juillet-août — contactez l’office de tourisme pour les réservations.
Comment rejoindre Korčula en ferry ou catamaran
Marie Dubois : Les liaisons maritimes vers Korčula semblent complexes. Pouvez-vous clarifier ?
Marin Kalogjera : Pas si complexe, mais il faut choisir selon votre point d’arrivée. Depuis Split, le catamaran rapide Jadrolinija met 2h45 et coûte 15 à 20 euros l’aller simple. Le ferry classique passe par Hvar et Vela Luka (l’autre extrémité de l’île) et prend 4 heures environ. Je vous assure que la traversée vaut le voyage même si vous n’êtes pas pressé — les vues sur les îles Pakleni et sur la côte de Pelješac sont magnifiques.
Marie Dubois : Et si on vient de Dubrovnik ?
Marin Kalogjera : Depuis Dubrovnik, le plus pratique est de passer par Orebić, sur la presqu’île de Pelješac. Bus jusqu’à Orebić (3 heures, 12 euros) puis ferry-car de 15 minutes pour atteindre Dominče, le port automobile de Korčula. La traversée coûte 6 euros pour un piéton, environ 30 euros pour une voiture. C’est la connexion la plus utilisée par les habitants. Jadrolinija propose aussi un catamaran saisonnier direct Dubrovnik-Korčula de fin juin à mi-septembre (2h30, 18 euros) mais les places sont limitées et il faut réserver. Comme on dit chez nous : hvala Jadrolinija — merci Jadrolinija — même si les horaires basse saison laissent à désirer. En dehors des mois estivaux, les liaisons se réduisent à 2-3 passages par semaine depuis Split.
Les villages et le vignoble Pošip : l’intérieur méconnu
Marie Dubois : La plupart des touristes restent dans la vieille ville. Qu’est-ce qu’ils ratent ?
Marin Kalogjera : Ils ratent l’âme de l’île. L’intérieur de Korčula est une succession de villages de pierre entourés de vignes et d’oliviers. Čara, Smokvica, Blato — des noms que la plupart des touristes ne connaissent même pas. Et pourtant, c’est là que le Pošip est né, là que les familles cultivent leurs parcelles depuis des générations, là que vous pouvez déjeuner dans une konoba pour 15 euros avec du vin directement de la propriété.
Marie Dubois : Parlez-nous du Pošip. C’est vraiment si particulier ?
Marin Kalogjera : Le Pošip est un cépage blanc autochtone de Korčula, comme on dit chez nous. Il n’existe nulle part ailleurs dans le monde à cette échelle. Sec, fruité — notes de poire et d’agrumes — et minéral grâce aux sols calcaires de l’île. Il accompagne parfaitement les fruits de mer de l’Adriatique : les poulpes à la dalmate, les moules, les langoustines. Le domaine Bire à Čara et le domaine Toreta à Smokvica sont les deux références. Une bouteille coûte entre 10 et 18 euros chez le vigneron, et la visite de cave est souvent offerte si vous appelez à l’avance. Ces itinéraires détaillés pour explorer les îles de Croatie incluent souvent des étapes dans ce vignoble méconnu — c’est une bonne base pour organiser une demi-journée d’œnotourisme.

En 2025, Korčula a produit 1,8 million de bouteilles de Pošip AOP, dont 40 % exportées vers l’Allemagne, l’Autriche et les pays scandinaves. La production biologique représente désormais 23 % du total. Le Pošip a obtenu la note maximale de 95 points dans le guide Decanter pour le millésime 2024 — un record pour un vin croate.
Où dormir et manger sur l’île
Marie Dubois : Hébergement et restaurants : quelles sont vos recommandations concrètes ?
Marin Kalogjera : Pour l’hébergement, oubliez les grandes plateformes pour Korčula. Passez par les agences locales — Korčula Travel ou Marco Polo Tours — qui proposent des appartements chez l’habitant à 60-120 euros la nuit pour deux personnes en juillet. Les villas avec piscine se louent entre 200 et 450 euros la nuit selon la taille. Je vous assure que vous aurez une hospitalité que vous ne trouverez pas dans un hôtel de chaîne. Pour ceux qui préfèrent la simplicité, il existe aussi la possibilité de louer un appartement à Korčula pour votre séjour, avec de bonnes options pour les familles et les couples. Pour Hvar, notre île voisine, notre article sur Hvar, l’île voisine de Korčula compare les deux expériences si vous hésitez entre les deux destinations.
Marie Dubois : Et les restaurants à ne pas manquer ?
Marin Kalogjera : La konoba LD à Korčula Town, une référence depuis 20 ans. Réservez car elle affiche complet en juillet. La konoba Belin à Čara pour le poulpe sous la cloche à l’ancienne — peka — servi avec des légumes du jardin à 22 euros la portion. Le restaurant Nono à Lumbarda pour les fruits de mer avec vue sur la plage. Pour les petits budgets, la pizzeria Amfora dans la vieille ville propose des pizzas à 10 euros que même les locaux fréquentent. Un conseil que je répète à chaque groupe : évitez les restaurants en face du ferry — ce sont les pires rapports qualité-prix de toute l’île, ciblant les passagers en transit.
Korčula avec enfants : activités et logistique
Marie Dubois : Korčula est-elle vraiment adaptée aux familles avec enfants ?
Marin Kalogjera : Absolument. C’est l’une de ses grandes forces par rapport à des îles plus festives comme Hvar. La vieille ville est piétonne, compacte, sûre. Les enfants peuvent courir dans les ruelles sans risque de voiture. La plage de Vela Przina à Lumbarda est parfaite pour les tout-petits. Le kayak de mer se pratique dès 6-7 ans avec un guide — 25 euros par enfant pour une sortie de 2 heures. La visite nocturne médiévale de juillet est appréciée par les enfants à partir de 8 ans.
Marie Dubois : La logistique est-elle compliquée avec une poussette ou des sacs lourds ?
Marin Kalogjera : La vieille ville comporte des escaliers, donc les poussettes y sont difficiles. Mais les quartiers modernes autour du port sont plats et accessibles. Le bus local relie la vieille ville aux plages et aux villages pour 3 euros par trajet — utile avec des enfants. La location de vélos est très répandue : 10 à 15 euros par jour pour un vélo adulte, 8 euros pour un vélo enfant. L’île mesure 47 kilomètres de long et quelques pistes cyclables balisées existent entre Korčula Town et Lumbarda. Pour les familles qui souhaitent inclure Korčula dans un road-trip de 15 jours, l’île constitue une étape idéale entre Dubrovnik et Split avec 2 à 3 nuits sur place.
Vrai ou faux sur Korčula : 5 mythes démontés
Marie Dubois : Quelques idées reçues sur Korčula à démystifier ?
Marin Kalogjera : Avec plaisir. Premier mythe : Korčula est trop petite pour y passer plus d’une journée. Faux. Je vous assure qu’une semaine ne suffit pas pour tout voir. Entre les villages intérieurs, le kayak, les sorties en bateau vers les criques, la dégustation de vins et la Moreška, vous pourriez rester deux semaines sans vous ennuyer.
Deuxième mythe : Korčula est bondée en été. Faux, en relatif. Comparé à Hvar ou Dubrovnik, Korčula reste très gérable même en août. Nous n’avons pas de méga-yachts qui débarquent 200 touristes à 10 heures. Notre vieille ville n’est pas submergée par des groupes de croisière — nous ne sommes pas sur les routes des navires de 4 000 passagers.
Troisième mythe : La nourriture croate se résume aux grillades. Totalement faux à Korčula. Poulpe sous la cloche, crevettes à l’ail, macarons de Korčula fourrés aux amandes et au rhum — une spécialité locale que vous ne trouverez nulle part ailleurs — et bien sûr le Pošip qui transcende chaque plat marin.
Quatrième mythe : La Moreška n’est qu’un spectacle pour touristes. Faux, selon la tradition locale. Cette danse des épées existe depuis le XVIe siècle et les danseurs sont des habitants de l’île, formés dès l’enfance. Le scénario raconte la bataille entre un roi blanc et un roi noir pour une femme captive. Lijepo — c’est beau, et c’est sincère.
Cinquième mythe : Korčula est difficile d’accès. Faux depuis 2025. Avec le renforcement des lignes de catamarans Jadrolinija et les nouvelles liaisons saisonnières depuis Dubrovnik, rejoindre l’île n’a jamais été aussi simple. En juin 2026, une nouvelle liaison directe Split-Korčula sans escale a été confirmée avec trois départs hebdomadaires supplémentaires.
Conseils finaux de Marin
Après 22 ans à guider des milliers de visiteurs, voici mes trois conseils essentiels pour Korčula en 2026 :
Premièrement, réservez les billets de ferry à l’avance, surtout pour les places voiture en juillet et août. Les places piétons sont généralement disponibles, mais arrivez 45 minutes avant le départ pour être sûr d’embarquer. En dehors de la haute saison, les liaisons sont moins fréquentes — planifiez en conséquence.
Deuxièmement, sortez de la vieille ville et explorez l’intérieur de l’île. Louez un vélo ou une voiture pour atteindre les vignobles de Čara et Smokvica, les plages de la côte sud et les villages de l’intérieur. C’est là que vous rencontrerez les habitants, que vous comprendrez pourquoi nous sommes fiers de cette île. Comme on dit chez nous : celui qui ne voit que la vieille ville n’a vu que la couverture du livre.
Troisièmement, assistez à la Moreška si vous êtes là en juillet-août. Les séances du jeudi soir débutent à 21 heures devant les remparts de la vieille ville. Billets à 20 euros vendus au bureau de l’office de tourisme ou en ligne. C’est l’expérience que mes visiteurs citent le plus dans leurs retours d’expérience, année après année.
Hvala à Marin Kalogjera pour sa générosité et sa passion communicative. Pour approfondir votre connaissance du réseau insulaire dalmate, consultez notre guide complet des îles croates et les itinéraires détaillés pour explorer les îles de Croatie.
